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IN YOUR ROOM

8, 9 avril

Résidence de la Compagnie NANAQUI pour la créa­tion de : In Your Room

In Your Room est un cycle en trip­ty­que de formes cour­tes et mini­ma­les.
« Cette série se cir­cons­crit autour des ques­tions de la com­mu­nauté, de l’inti­mité et de l’iden­tité. »
Céline Astrié

Opus 1 : MORE

MORE signe l’excès, celui de la pré­sence de l’acteur. Ce pre­mier volet en revient au motif inau­gu­ral de l’art théâ­tral, l’expo­si­tion du mort aux yeux de la cité qui inter­roge les limi­tes fon­da­tri­ces, c’est-à-dire his­to­ri­ques, publi­ques et poli­ti­ques de la vie et de la mort. Il s’agit tout d’abord ici d’une reprise "monu­men­tale" qui, comme chez les Anciens, prend corps au sein du lieu le plus mince, fra­gile, éphémère et pré­caire qui soit : la vie, la bio­gra­phie et la parole d’un indi­vidu.

Opus 2 : Cantate More Geometrico

La voix est ce lieu intime, char­nel et donc propre à chaque être humain. Elle est para­doxa­le­ment pétrie et façon­née par un héri­tage que nous avons tous en commun : le lan­gage. Elle est tra­vaillée de l’inté­rieur, à l’ori­gine, par une dif­fé­rence, par quel­que chose qui se situe au-delà d’elle-même. Cette dif­fé­rence nous tra­vaille comme une bles­sure.

L’élégie (chant de deuil) sécu­laire de l’Ancien Testament, qui ouvre cet opus, incarne le retour de la figure d’un patri­moine émotionnel puis­sant. Cet héri­tage ne peut être contenu dans aucun corpus lit­té­raire ou autre, parce qu’il se pré­sente comme le lieu indi­ci­ble de l’ori­gine de tout lan­gage et tout dis­cours. L’expé­rience de la mort et de la perte y est érigée en œuvre d’art et culmine dans sa propre for­mu­la­tion. La poésie naît au lieu de ce dia­lo­gue rompu avec l’Autre, absent, depuis l’injus­ti­fia­ble de la mort. Ce lieu se refuse à nous et nous est refusé, nous devons vivre avec ce défaut de signi­fi­ca­tion en place de l’ori­gine du sens. Quelque chose nous est inter­dit et nous nous éprouvons dans le défaut de ce quel­que chose. Cette chose c’est nous-même, car la mort est ce qui inter­rompt l’exis­tence, ce qui nous expro­prie, sans recours pos­si­ble, de nous-même.

Ce chant mélan­co­li­que fonc­tionne comme une archi­tec­ture, il nous intro­duit au lieu de l’humain tel que l’a façonné l’Occident. Ce défaut, ce néant, devenu mémoire et patri­moine, fait enten­dre une musi­que qui est le pri­vi­lège l’homme. On y sent et l’on y éprouve concrè­te­ment l’épaisseur de notre mémoire, mais aussi celle d’un temps sans pul­sa­tion, contenu dans la puis­sance de nomi­na­tion du lan­gage.

Aujourd’hui, cette visée n’est plus pos­si­ble parce qu’elle ne règle plus une com­mu­nauté, mais c’est un point d’où nous par­tons, parce que nous en sommes deve­nus orphe­lins. Nous vivons dans les limbes, comme des ombres. C’est pour cela que le chant pro­vient du chœur mélan­co­li­que des spec­ta­teurs, l’œuvre d’art, elle, n’est plus habi­tée par cette musi­que. Il intro­duit la ques­tion du lieu à partir duquel nous nous disons et pose celle de l’iden­tité humaine. Le théâ­tre a été inventé pour accueillir cette ques­tion, et cette ques­tion au théâ­tre devient for­cé­ment poli­ti­que.

Ce chant ouvre un espace vide, vacant, qui attend un geste plus qu’une repré­sen­ta­tion aujourd’hui. Au sein de cet espace vacant, vient s’ins­crire une bio­gra­phie comme sur une page blan­che, car l’épreuve contem­po­raine du néant, est deve­nue l’épreuve de la vie. La bio-gra­phie, c’est tout d’abord la bles­sure d’une écriture qui ne pos­sède aucune signi­fi­ca­tion : celle du point spatio-tem­po­rel de notre nais­sance.

Le lieu sans par­tage aujourd’hui est celui d’une iden­tité humaine conte­nue, dans un pre­mier temps, au sein de la bio­gra­phie insi­gni­fiante de chaque indi­vidu, et dans un second temps, défini très concrè­te­ment par le lieu poli­ti­que du droit.

Les deux visa­ges qui se suc­cè­dent sont la figure de notre propre expo­si­tion au néant aujourd’hui. Ils ne nous repré­sen­tent pas, mais réin­tro­dui­sent sur­tout ce scan­dale de la dif­fé­rence qui relance le procès de la signi­fi­ca­tion. Ils ren­dent à nou­veau pos­si­ble la course du sens ini­tiée par une œuvre d’art qui n’est pas seu­le­ment un geste de remé­mo­ra­tion, mais l’ouver­ture d’un espace poli­ti­que propre, ici, à l’art théâ­tral.

Opus 3 : Le Théâtre de la Cruauté

Ce troi­sième volet s’ouvre sur la figure d’un clan­des­tin qui foule le sol fran­çais dans l’illé­ga­lité. Le statut et le destin du sans-papiers au pays des Droits de l’Homme ébranle et ques­tionne pro­fon­dé­ment notre vie citoyenne. Parce ce qu’il est exclu de la vie citoyenne, ce der­nier se retrouve tout à coup exclu de la com­mu­nauté humaine. Privé des droits du citoyen, il devrait tomber sous la juris­pru­dence des droits de l’homme.

Or nous cons­ta­tons que c’est l’inverse qui se pro­duit, comme si la vie nue, sim­ple­ment humaine ne recou­vrait ni valeur ni signi­fi­ca­tion, car priver un indi­vidu de liberté c’est encore lui reconnaî­tre sa capa­cité d’être libre, aussi injuste et ter­ri­ble que cela soi, c’est lui reconnaî­tre un poids et une exis­tence poli­ti­que. Ici, il s’agit de la ques­tion dou­lou­reuse et hon­teuse de la dignité et de la valeur de la vie humaine nue, abs­traite, qui ne relève d’aucune struc­ture poli­ti­que. Ce clan­des­tin vit et meurt lit­té­ra­le­ment sur le sol des Droits de l’Homme en tant qu’homme. Sa venue ouvre une béance dans laquelle le sens de nos exis­ten­ces se retire.

« Le Théâtre de la Cruauté » parce qu’il est ques­tion de la vio­lence d’une expo­si­tion qui relance le procès de la signi­fi­ca­tion et de la genèse de l’œuvre qui l’accueille. Le lieu de ce procès n’est pas his­to­ri­que ni idéo­lo­gi­que, mais il est éthique et poli­ti­que et c’est pour cela qu’il touche si fort à la ques­tion de l’œuvre. Nous devons être digne de lui.

Mise en scène et scé­no­gra­phie : Céline Astrié
Musique : Damien Goérès
Lumières : Xavier Lefrançois
Taxidermiste : Jacques Gilbert
Technique : Stéphane Vidal

Distribution : Céline Astrié, Kaman Camara, Danielle Catala, Stéphanie Gristi, Gaëtan Pascual, Sandra Sotiropoulos, Mikal Vidal-Astrié

Production : Nanaqui, le Théâtre de la Digue
Partenaires : la DRAC Midi-Pyrénées, la Mairie de Toulouse, le Conseil Général de la Haute-Garonne
Co-réa­li­sa­tion : le Ring, Mix’art Myrys
Prêts de salles : La Fabrique de l’UTM, l’Usine / Lieu conven­tionné pour les arts de la rue - Tournefeuille / Grand Toulouse

Plus d’infos sur la com­pa­gnie ici.


Les 8 et 9 avril, 20h30 au theatre Le RING à Toulouse, 6/8/12€

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