Résidence de la Compagnie NANAQUI pour la création de : In Your Room
In Your Room est un cycle en triptyque de formes courtes et minimales.
« Cette série se circonscrit autour des questions de la communauté, de l’intimité et de l’identité. »
Céline Astrié
Opus 1 : MORE
MORE signe l’excès, celui de la présence de l’acteur. Ce premier volet en revient au motif inaugural de l’art théâtral, l’exposition du mort aux yeux de la cité qui interroge les limites fondatrices, c’est-à-dire historiques, publiques et politiques de la vie et de la mort. Il s’agit tout d’abord ici d’une reprise "monumentale" qui, comme chez les Anciens, prend corps au sein du lieu le plus mince, fragile, éphémère et précaire qui soit : la vie, la biographie et la parole d’un individu.
Opus 2 : Cantate More Geometrico
La voix est ce lieu intime, charnel et donc propre à chaque être humain. Elle est paradoxalement pétrie et façonnée par un héritage que nous avons tous en commun : le langage. Elle est travaillée de l’intérieur, à l’origine, par une différence, par quelque chose qui se situe au-delà d’elle-même. Cette différence nous travaille comme une blessure.
L’élégie (chant de deuil) séculaire de l’Ancien Testament, qui ouvre cet opus, incarne le retour de la figure d’un patrimoine émotionnel puissant. Cet héritage ne peut être contenu dans aucun corpus littéraire ou autre, parce qu’il se présente comme le lieu indicible de l’origine de tout langage et tout discours. L’expérience de la mort et de la perte y est érigée en œuvre d’art et culmine dans sa propre formulation. La poésie naît au lieu de ce dialogue rompu avec l’Autre, absent, depuis l’injustifiable de la mort. Ce lieu se refuse à nous et nous est refusé, nous devons vivre avec ce défaut de signification en place de l’origine du sens. Quelque chose nous est interdit et nous nous éprouvons dans le défaut de ce quelque chose. Cette chose c’est nous-même, car la mort est ce qui interrompt l’existence, ce qui nous exproprie, sans recours possible, de nous-même.
Ce chant mélancolique fonctionne comme une architecture, il nous introduit au lieu de l’humain tel que l’a façonné l’Occident. Ce défaut, ce néant, devenu mémoire et patrimoine, fait entendre une musique qui est le privilège l’homme. On y sent et l’on y éprouve concrètement l’épaisseur de notre mémoire, mais aussi celle d’un temps sans pulsation, contenu dans la puissance de nomination du langage.
Aujourd’hui, cette visée n’est plus possible parce qu’elle ne règle plus une communauté, mais c’est un point d’où nous partons, parce que nous en sommes devenus orphelins. Nous vivons dans les limbes, comme des ombres. C’est pour cela que le chant provient du chœur mélancolique des spectateurs, l’œuvre d’art, elle, n’est plus habitée par cette musique. Il introduit la question du lieu à partir duquel nous nous disons et pose celle de l’identité humaine. Le théâtre a été inventé pour accueillir cette question, et cette question au théâtre devient forcément politique.
Ce chant ouvre un espace vide, vacant, qui attend un geste plus qu’une représentation aujourd’hui. Au sein de cet espace vacant, vient s’inscrire une biographie comme sur une page blanche, car l’épreuve contemporaine du néant, est devenue l’épreuve de la vie. La bio-graphie, c’est tout d’abord la blessure d’une écriture qui ne possède aucune signification : celle du point spatio-temporel de notre naissance.
Le lieu sans partage aujourd’hui est celui d’une identité humaine contenue, dans un premier temps, au sein de la biographie insignifiante de chaque individu, et dans un second temps, défini très concrètement par le lieu politique du droit.
Les deux visages qui se succèdent sont la figure de notre propre exposition au néant aujourd’hui. Ils ne nous représentent pas, mais réintroduisent surtout ce scandale de la différence qui relance le procès de la signification. Ils rendent à nouveau possible la course du sens initiée par une œuvre d’art qui n’est pas seulement un geste de remémoration, mais l’ouverture d’un espace politique propre, ici, à l’art théâtral.
Opus 3 : Le Théâtre de la Cruauté
Ce troisième volet s’ouvre sur la figure d’un clandestin qui foule le sol français dans l’illégalité. Le statut et le destin du sans-papiers au pays des Droits de l’Homme ébranle et questionne profondément notre vie citoyenne. Parce ce qu’il est exclu de la vie citoyenne, ce dernier se retrouve tout à coup exclu de la communauté humaine. Privé des droits du citoyen, il devrait tomber sous la jurisprudence des droits de l’homme.
Or nous constatons que c’est l’inverse qui se produit, comme si la vie nue, simplement humaine ne recouvrait ni valeur ni signification, car priver un individu de liberté c’est encore lui reconnaître sa capacité d’être libre, aussi injuste et terrible que cela soi, c’est lui reconnaître un poids et une existence politique. Ici, il s’agit de la question douloureuse et honteuse de la dignité et de la valeur de la vie humaine nue, abstraite, qui ne relève d’aucune structure politique. Ce clandestin vit et meurt littéralement sur le sol des Droits de l’Homme en tant qu’homme. Sa venue ouvre une béance dans laquelle le sens de nos existences se retire.
« Le Théâtre de la Cruauté » parce qu’il est question de la violence d’une exposition qui relance le procès de la signification et de la genèse de l’œuvre qui l’accueille. Le lieu de ce procès n’est pas historique ni idéologique, mais il est éthique et politique et c’est pour cela qu’il touche si fort à la question de l’œuvre. Nous devons être digne de lui.
Mise en scène et scénographie : Céline Astrié
Musique : Damien Goérès
Lumières : Xavier Lefrançois
Taxidermiste : Jacques Gilbert
Technique : Stéphane Vidal
Distribution : Céline Astrié, Kaman Camara, Danielle Catala, Stéphanie Gristi, Gaëtan Pascual, Sandra Sotiropoulos, Mikal Vidal-Astrié
Production : Nanaqui, le Théâtre de la Digue
Partenaires : la DRAC Midi-Pyrénées, la Mairie de Toulouse, le Conseil Général de la Haute-Garonne
Co-réalisation : le Ring, Mix’art Myrys
Prêts de salles : La Fabrique de l’UTM, l’Usine / Lieu conventionné pour les arts de la rue - Tournefeuille / Grand Toulouse
Plus d’infos sur la compagnie ici.
Les 8 et 9 avril, 20h30 au theatre Le RING à Toulouse, 6/8/12€



