Cie Traüma
Théâtre / danse / vidéo / son
« [...] Voilà donc son exécrable palais ! palais de la luxure, palais de la trahison, palais de l’assassinat, palais de l’adultère, palais de l’inceste, palais de tous les crimes, palais de Lucrèce. »
Gennaro, dans Lucrèce Borgia - Acte I - §2 - scène 3, Victor Hugo.
« Les Oiseaux de proie un titre pour interroger les paradoxes de l’âme humaine, qui voit s’entremêler la cruauté, la violence, mais aussi
la fragilité, la grâce. Loin de tout manichéisme, il semble que nous soyons tous, tour à tour, proie et prédateur, victime et bourreau, accusé et
accusateur. »
Diane Launay.
Avec les Oiseaux de proie #1, Traüma s’empare de la vie de Lucrèce Borgia. Sujet qui au cours des siècles a beaucoup alimenté les chroniques historiques, la littérature ou plus récemment le cinéma.
Héroïne sulfureuse, « catin sublime, à l’Italienne », aujourd’hui Traüma nous propose une réinterprétation moderne de Lucrèce : une jeune femme rebelle qui a adopté le credo « sex drugs and rock n ’roll » en phase avec le star-system contemporain.
Mais derrière les paillettes et la liberté apparente, se pose pourtant la question de ses relations douloureuses avec son père, garant d’une loi morale à laquelle il est le premier à désobéir, et avec son frère, jeune homme ambitieux et sans pitié, prêt à tout pour parvenir à ses fins.
Comment se trouver à l’intérieur d’une famille si violemment envahissante ?
La libération et la quête de soi-même sont des chemins à inventer tous les jours...
écriture, mise en scène_Diane Launay
avec_Julie Castel-Jordy
création lumières_Jean-Marc Richon
création vidéo_Nicolas Godtschalck
photo ©_Benoît Châtellier
Du mardi 22 au samedi 26 mai, 20h30, au theatre Le RING à Toulouse, 6/8/12€
Le jeudi 24 mai, la représentation sera suivie d’un débat/rencontre avec l’equipe de création et des invités spécialistes des questions de genres.
Plus d’information sur la Cie Traüma ici.
Lucrèce Borgia
C’est l’histoire d’une femme au destin très singulier. Née à Subiaco le 18 avril 1480 et morte excommuniée à Ferrare le 24 juin 1519,
célèbre pour sa beauté autant que pour ses moeurs dissolues, elle est la fille naturelle du cardinal espagnol et futur pape Rodrigo Borgia. Elle subit de
nombreuses accusations d’immoralité, d’infamie, de crimes par empoisonnement, certains allant jusqu’à lui prêter une relation incestueuse avec son
frère, César Borgia. Utilisée à des fins politiques par son père, elle est mariée trois fois de façon malheureuse.
Au-delà du matériau historique utilisé pour la création, c’est une interprétation moderne du personnage de Lucrèce qui se dessine. Les
excès et l’immoralité, l’ambition et la soif de pouvoir de son entourage font écho à notre société moderne. Sa vie est une lutte entre des aspirations
antagonistes et déchirantes, car Lucrèce est quelqu’un qui refuse de renoncer. Elle veut tout : servir la Passion du Christ et l’amour terrestre, le
pouvoir et l’ambition, l’indépendance et la protection de son père… Ce refus du choix apparaît comme un refus du passage à l’âge adulte, syndrome
qui paraît de plus en plus présent dans nos sociétés contemporaines basées sur la consommation, sur l’avoir plutôt que sur l’être...
Lorsque Lucrèce apparaît sur le plateau, belle et effrayante, il est tout de suite question de meurtre, et c’est l’imminence du crime qui
déclenche l’urgence de sa parole. Elle s’adresse aux hommes de son clan, à ces fameux meurtriers sans foi ni loi dont les moeurs évoquent celles de la Mafia d’aujourd’hui. Ces hommes qui l’ont élevée dans l’orgueil de son sang, avec qui elle entretient une relation mêlée d’amour et de haine, marquée
par le soupçon de l’inceste... avec son propre père, et avec son frère, le tristement célèbre César Borgia.
Lucrèce est hantée par ces hommes qu’elle a aimé, violents, cruels, dangereux. Elle
voudrait raconter, témoigner de la folie de ces hommes, et de la sienne. L’amour porté à un tortionnaire, à un monstre, ne rend-il pas monstrueux ? Pour parler des drames d’aujourd’hui il faut chercher dans l’Histoire extravagante de cette humanité incontrôlable, dans les traumatismes passés, les tragédies politiques et familiales. Un héritage de douleurs, de traumatismes, d’interdits, apparaît alors, pour le féminin comme pour le masculin.
Ainsi, l’histoire de Lucrèce résonne avec celles de femmes contemporaines. Sylvia Plath par exemple, qui écrit, dans un poème adressé à son père, « Every woman adores a fascist », ou comment l’amour peut détruire autant que la haine. Lucrèce est un personnage quasi-schizophrène dont la personnalité affective profonde est à l’image d’un miroir brisé. La princesse orgueilleuse, la vierge pleine de vertus, la séductrice hystérique, prennent tour à tour en elle la parole. Ce jeu impulse des états intérieurs et des états de corps différents et puissants. Au coeur de ce théâtre paroxystique se joue une bataille, celle de l’esprit contre le corps libre et la chair.